Jeu de société
19-04
2016

Jeu de société

Parler de jeu de société va de soi, mais vous-êtes vous déjà interrogés sur l'association de ces termes ?

On peut trouver deux sens à cette association : jeu de société comme on dit le jeu d'un tel, qui appartient à X ou Y. Comment le comprendre ? Cela pourrait mettre en lumière la marque culturelle qu'il y a dans tout jeu de société. Un jeu serait pour ainsi dire lié à une certaine société et on pourrait alors reconnaître une société à ses jeux, c'est-à-dire à ce qui divertit ses membres. « Dites-moi à quoi vous jouez et je vous dirai à quel type de société vous appartenez ». Ce premier sens permettrait d'interroger un présupposé : les jeux ont un caractère universel.

 

Parler de jeu de société peut aussi signifier (comme jeu de billes équivaut à jouer aux billes) qu'on « jouerait à la société » à travers tel jeu. Pour éclaircir cela interrogeons-nous : le rapport au jeu est-il si différent des rapports sociaux ?

 

Le jeu ouvre des possibilités infinies et des libertés sans responsabilité : je peux choisir d'être voleur, magicien l'espace d'une partie, je joue « pour de faux » comme le disent les enfants. Mais un tel rapport ne se retrouve-t-il pas en société ?

 

Le philosophe Sartre prend l'exemple du « garçon de café ». Ce dernier en adoptant tous les codes, les manières d'un garçon de café, joue à être garçon de café, il le mime. Il veut ainsi être garçon de café en apparaissant comme tel aux yeux des autres. Mais le problème qui se pose est, cet homme est-il un garçon de café au même titre que son plateau de service est un plateau ? La différence essentielle est la suivante : l'homme ne se réduit pas à cela car une fois son service fini, il ne sera plus garçon de café. Ce serait tellement plus simple, confortable de pouvoir se dire, « je suis garçon de café » tout comme ce plateau est en lui-même un plateau. Essayer de se figer dans une telle posture est alors pour Sartre un acte de mauvaise foi, car c'est là méconnaître (ou refuse de reconnaître) sa condition humaine...

 

Ainsi, en société, comme dans les jeux de société nous sommes amenés bien souvent à nous prendre pour un garçon de café, un homme d’affaire... Si l'on retrouve dans les rapports sociaux des similitudes avec les jeux, reste à noter que, dans le jeu, ce rapport au rôle est conscient ; est-ce aussi le cas dans nos rapports sociaux ?

 

Pierre Berthet

 

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